La ruée vers les ressources sablières : un défi contemporain de gouvernance ?

L’impact de l’exploitation du sable, tant au niveau environnemental que par les modifications profondes qu’elle opère sur les sociétés, a brutalement été mis en lumière dans les dernières décennies. Néanmoins, la valorisation de cette ressource désormais hautement stratégique s’opère via des logiques économiques privées rendant d’autant plus opaques les dynamiques de sa gestion. Ce manque de transparence volontaire limite la possibilité d’en évaluer précisément les risques et d’institutionnaliser une gouvernance du sable cohérente. 


Du détergent au vin en passant par les pneus, le verre, les cartes bancaires, le dentifrice ou encore les ordinateurs, le sable s’est silencieusement glissé dans chaque recoin de notre quotidien. Sans lui, le XXIème siècle ne serait pas, par exemple, celui de l’informatisation massive. De la même façon, l’explosion du nombre d’infrastructures à la surface du globe n’aurait sans doute pas été aussi rapide.

En effet, ce qui fait aujourd’hui du sable « la matière première la plus demandée de la planète », c’est bien son utilisation quasi-systématique dans les travaux de construction. C’est l’invention du béton armé par J. Monier au milieu du XIXème siècle qui a fait du sable un élément essentiel du développement d’infrastructures à moindre coût. Il est utilisé à hauteur de 18 kg par personne, par jour. Le sable est un matériau granulaire composé de particules issues de la désagrégation de matières minérales -principalement des roches-, ou organiques -telles que les coquilles, les fragments de coraux. Sa malléabilité en fait une substance extrêmement volatile, caractérisée par sa modulabilité, son adaptabilité, mais aussi sa capacité à supporter de très lourdes charges. C’est ainsi que le sable, que l’on a longtemps pensé inépuisable, est devenu le matériau le plus utilisé par les Hommes, après l’eau. Néanmoins, la nature et l’exploitabilité des sables varient selon qu’ils se trouvent dans les déserts, au fond de l’océan, dans les rivières ou près des côtes. De fait, les propriétés du sable du désert en font un composant inadapté à la production du ciment car ses grains ne s’agglomèrent que difficilement et il ne peut être utilisé comme agrégat efficace. Dans les carrières et les rivières, l’extraction a souvent été si intense que ces dernières ne sont plus la cible prioritaire des extracteurs de sable. C’est sur la plate-forme continentale, c’est-à-dire le prolongement du continent sous la surface de la mer, que se trouvent la plupart des grains utilisables. La plus grande partie du sable marin est en effet plus difficilement exploitable, donc plus cher, car enfoui sous d’autres sédiments. Aujourd’hui, le processus d’extraction de sable, qui s’intensifie à mesure que les besoins d’infrastructures se font pressants, en particulier dans les économies en développement, vulnérabilise donc des équilibres côtiers, jusqu’à la modification des territoires. Le sable se raréfie dramatiquement. Les premiers signaux d’alarme ont été lancés au début des années 2010, avec les premières esquisses d’études d’impact, mais aussi avec le documentaire Arte de Denis Delestrac et les nombreuses enquêtes journalistiques qui se sont multipliées depuis. Toutefois en 2019, un constat s’impose : le sable, toujours pas considéré comme une problématique en soi, peine à s’imposer parmi les thèmes débattus au sein des instances internationales. Pourquoi, alors même que la faillite de notre modèle infrastructurel est désormais inéluctable, ne perçoit-on pas de volonté politique palpable de gestion durable du sable ?

Une concrétisation brutale de l’impact de l’industrie du sable sur les dynamiques territoriales

Cinquante milliards de tonnes de sable sont désormais nécessaires chaque année pour soutenir la demande mondiale. Cette demande, en perpétuelle croissance, incite à une plus grande exploitation des sables, en particulier dans les fonds marins et sur les côtes, par tous les moyens. En effet,  du pillage illicite aux compagnies de dragage dont les milliers de paquebots sillonnent les océans, le sable est extrait massivement. Or, c’est une ressource non renouvelable, qui se constitue sur plusieurs dizaines de milliers d’années grâce à l’érosion des matières rocheuses et l’acheminement des fragments qui s’en détachent par les ruisseaux jusqu’aux rivières, et éventuellement jusqu’à la mer. Aujourd’hui, comme le signale le rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, la consommation globale de sable dépasse le rythme de sa production par la nature. Certains villes n’en ont même plus assez pour répondre à leurs propres besoins, comme Dubaï, à force de projets titanesques de création d’îlots artificiels. À toutes les échelles, l’extraction de sable des côtes et des dunes sous-marines rompt les équilibres côtiers fondamentaux, accélérant alors le rythme de la montée des eaux. En effet, lorsque le sable est extrait du plateau sous-continental, cela crée un vide qui est progressivement comblé sous l’effet des mouvements de masse d’eau et de gravité, aplanissant ainsi le banc de sable et érodant la dune. Or, tous les mécanismes de remblayage, en faisant venir du sable d’ailleurs, sont aujourd’hui peu efficaces car après une année ou deux, le sable repart au large.  De plus, les techniques d’extraction ont des effets dévastateurs sur la faune et la flore marines : lorsque le sable est extrait, les organismes vivant dans les fonds marins sont aspirés en même temps que les sédiments, ce qui déstabilise la chaîne alimentaire de toutes les espèces vivant dans la colonne d’eau supérieure, dont le sol marin est le fondement. L’extraction de sable met en péril leur survie. L’équilibre des plages en elles-mêmes est également sévèrement touché. Alors que depuis une trentaine d’années les populations tendent à se rapprocher des côtes, on estime qu’entre 75% et 90% des plages du monde perdent en superficie, du fait de l’exploitation du sable, et de de l’érosion accélérée des côtes. La construction abondante d’infrastructures telles que des routes ou des hôtels le long des côtes empêche le sable d’opérer les mouvements qui lui sont naturels, en fonction des saisons, et entraîne sa disparition. De plus, les réserves de sable corallien décroissent rapidement, ce qui entraîne une importante érosion des îles privées de cette ceinture de protection.

L’extraction massive de sable a également des conséquences sur la qualité et la disponibilité de l’eau, comme dans la mer de Chine méridionale où les analyses de qualité de l’eau indiquent une turbidité, c’est à dire une teneur en matières qui troublent un liquide,  anormalement élevée. Enfin, avec l’érosion, l’eau de la mer, en montant, s’infiltre par les estuaires et salinise les terres agricoles, les rendant impropres.

Nombreuses sont les activités humaines qui subissent l’exploitation irrationnelle du sable. D’abord, les activités de pêche traditionnelle, encore prédominantes dans de nombreuses économies littorales, comme en Indonésie où elles représentent 92% de la consommation d’éléments de la mer, pâtissent de l’amenuisement de ces ressources halieutiques. De plus, les économies côtières souvent dominées par le secteur du tourisme font aujourd’hui face à la perte visible de surface des plages, voire dans certains États, comme au Maroc, à la destruction des plages du fait de pillages incontrôlés. Ces populations seront contraintes à terme de changer de secteur d’activité, voire de déménager. Aujourd’hui, plus de cent millions d’individus vivent entre 0 et 1 mètre au-dessus du niveau de la mer. Or on estime que d’ici 2100, le niveau des eaux augmentera d’environ 1 mètre, voire 1 mètre 50. Les populations, pour certaines ayant déjà été contraintes de déménager, migrent massivement vers des lieux moins exposés, souvent des villes où, ironiquement, elles sont logées dans des immeubles en béton dont la construction nécessite l’extraction de plus de sable. Ces logiques autodestructrices sont courantes, comme aux Maldives par exemple, qui constituent un exemple frappant du fait de leur micro-insularité. 

La valorisation d’une ressource hautement stratégique via des canaux privés favorisant l’opacité

La prise de conscience récente de la finitude des ressources sablières, au lieu d’inciter à des comportements plus rationnels et économes, a au contraire déclenché une accélération de son exploitation. En effet, la ressource génère des échanges qui s’élèveraient à plus de 60 milliards d’euros par an. Elle est hautement stratégique, à la fois pour les États, qui, pour la construction d’infrastructures nationales telles que des autoroutes ou des hôpitaux, sont les premiers consommateurs de sable, et pour les entreprises privées. 

D’abord, l’extraction du sable représente une part importante de revenus pour certains États. Ainsi, l’Australie est le premier producteur de sables minéraux, avec 50% de la production mondiale ou, du moins, de celle répertoriée. Elle est donc dépendante de l’exportation de cette ressource. D’autre part, l’investissement dans l’extraction du sable est peu risqué à l’heure actuelle car la demande en infrastructure et donc en sable, ne peut qu’augmenter : les pays dont l’économie se développe rapidement, à commencer par l’Inde ou la Chine, construisent massivement. En ce qui concerne la demande provenant d’économies développées, celle-ci ne diminue pas :  il est toujours nécessaire de refaire les routes ou encore de construire des logements plus récents.

Les tensions autour de cette ressource sont aussi le fait de son utilisation massive pour la poldérisation, c’est à dire l’extension des terres sur la mer par endiguement ou remblaiement. Certains États se sont rendus dépendants du sable en multipliant les projets de construction par-delà les limites côtières de leurs territoires. Si le commerce du sable est responsable de la disparition de certains territoires, il est également impliqué dans leur extension, ailleurs. C’est ainsi que Singapour, principal importateur de sable, a agrandi son territoire de 24% depuis 1960. Cette dynamique n’est pas sans créer des tensions : la Malaisie, l’Indonésie, le Cambodge et le Vietnam, qui voient leurs territoires affectés par l’exploitation du sable, ont interdit les exportations de sable vers ce pays. La Chine, premier consommateur de ciment et concentrant 57% de la consommation mondiale de sable, en a besoin pour entretenir sa dynamique de croissance, en partie basée sur la construction d’infrastructures pour stimuler ses industries locales.

Dubaï est un autre exemple significatif de ville qui a un intérêt fondamental à maintenir une accessibilité peu coûteuse aux ressources sablières. En effet, dans les dynamiques très spéculatives qui animent ce territoire, la construction d’îles artificielles est moins coûteuse que l’achat de terrains sur le continent. Ainsi ce ne sont pas moins de 150 millions de tonnes de sable que Dubaï a pompées au large de ses côtes pour son projet d’îles en forme de palmier. Le second projet, « World », visant à créer 300 îles artificielles, nécessitait trois fois plus de sable mais est resté lettre morte après la crise financière des années 2010. Cette surexploitation a fini de vider les réserves de sable du pays, et désormais, l’Émirat en importe à l’Australie.

Le sable est donc l’objet de tensions importantes au niveau des politiques étatiques qui vont en s’accentuant à mesure que le sable se raréfie. Mais la facilité d’accès à cette ressource est également capitale pour les entreprises qui ont investi de grosses sommes dans le déploiement d’un matériel d’exploitation adapté. En effet, les navires utilisés pour extraire du sable en mer, les dragues, coûtent entre 20 et 150 millions d’euros. L’entrée dans ce secteur d’activité nécessite donc un investissement initial important ; de trop fortes restrictions sur l’extraction des fonds marins représenteraient donc un important manque à gagner pour les entreprises. 

La valeur hautement stratégique de l’intrant sablier a des conséquences sur les mécanismes de sa négociation, de ses flux : elle les rend opaques, difficilement traçables et favorise des réseaux clandestins, illégaux.

Il y a peu de chaînes commerciales d’approvisionnement significatives dans le secteur du commerce d’agrégat : le Rapport « Sand and Sustainability » liste un top 5 d’entreprises majeures. Mais les intérêts en présence sont bien plus nombreux lorsqu’il s’agit des entreprises de matériel de construction, souvent de grandes multinationales avec des intérêts à travers le monde. Ce même rapport fait état de difficultés chroniques à cartographier les flux de sables dans le monde. S’il est possible d’estimer la quantité de sable consommée en un point particulier, à partir de la consommation de ciment, il est impossible de savoir précisément d’où vient ce sable. De la même façon, s’il est possible d’estimer la quantité de sable extraite, connaître la destination de ce dernier n’est pas aisé.

En outre, certains États ne facilitent pas toujours le traçage : au contraire, à Singapour par exemple, le détail des origines du sable est « confidentiel » car c’est une question de « sécurité nationale ». C’est ainsi que malgré les interdictions d’exportations de sables susmentionnées, des bateaux continuent d’acheminer du sable vers Singapour, probablement extrait non loin.

Lorsqu’est en question une ressource aussi stratégique que le sable, la constitution de flux informels, voire illicites, est très aisée. Ainsi, dans beaucoup de régions du monde, notamment en Asie du Sud-Est ou en Afrique, la législation insuffisante ou peu appliquée permet l’exploitation sans entraves des ressources sablières. Le réseau illégal le plus médiatisé est la « mafia indienne » : en effet, dans le contexte d’explosion de la construction immobilière urbaine indienne, le besoin est tel qu’un trafic particulièrement lucratif s’est développé autour du sable. La tension provoquée par l’« or blanc » mène jusqu’à l’assassinat de personnes entravant l’exploitation du sable des rivières et des plages maritimes par des réseaux qui contrôlent l’administration et soudoient la police. Mais cet exemple est loin d’être le seul, car ces réseaux informels et criminels touchent toutes les parties du monde.

Dans les États où l’extraction est régulée, bien que le minage soit encadré par des normes environnementales, bien souvent les mécanismes de régulation sont décentralisés, créant des structures de gouvernance fractionnées en une multitude d’entités administratives. Il incombe alors à ces dernières une responsabilité d’application des normes disproportionnée par rapport aux ressources humaines et financières dont elles disposent. C’est ainsi que le sable n’est appréhendé que d’après sa valeur stratégique, et non selon les considérations environnementales qui prendraient en compte son rôle dans les équilibres naturels essentiels à la durabilité de notre système. Or, cette valeur stratégique confère à sa négociation et à ses flux, une dimension confidentielle qui nuit à une gestion optimale et une évaluation des risques adéquate.

Une convergence difficile des acteurs du sable au niveau global, rendant inaudible l’urgence environnementale

Il va sans dire que l’extraction et l’exploitation du sable ne sont pas encadrées de façon identique à travers le monde. L’Union européenne, par exemple, soutient de plus en plus la généralisation d’études d’impact, l’accès à l’information dans le domaine des conséquences environnementales de certaines activités, la conservation des habitats naturels, etc.

Mais l’application de ces directives est systématiquement freinée par des transpositions tardives ou minimales ou encore par des interprétations partielles ou restrictives de la portée de ces directives. En France, par exemple, toute demande de prélèvement de sable ou de granulats fait l’objet d’une étude d’impact sur l’environnement, c’est-à-dire sur la faune et la flore en présence, préalable à l’octroi de concession minière. Néanmoins, cette étude ne concerne pas, par exemple, l’érosion. De plus, le sable n’est jamais abordé légalement en tant que ressource aux problématiques propres, qu’il faut réglementer selon un cadre particulier.

Il fait également l’objet d’importantes controverses à l’heure où l’Union européenne des producteurs de granulats se tourne de plus en plus vers le sable disponible au large des côtes, bien qu’il ne représentait, en 2016, que 2,5% de la production totale.

L’heure n’est donc toujours pas à la limitation de l’extraction, mais bien à la recherche de nouvelles ressources. Ainsi, les problématiques européennes ne sont pas si lointaines de celles d’États qui ne possèdent pas d’esquisses de législation. En effet, la multitude d’acteurs impliqués et d’intérêts entrant en jeu rend difficile la convergence autour d’une gestion optimisée du sable.

Si les principales problématiques soulevées par une utilisation commune par les États des Nations Unies sont régies par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, seul traité international contraignant au niveau global, l’utilisation des ressources sablières et ses conséquences ne sont pas mentionnées. Tout au plus, la Convention précise que la zone maritime exclusive d’un État est déterminée en fonction de ses limites territoriales d’origine.

Les Objectifs pour le Développement Durable, quant à eux, sont très généraux, ciblant par exemple une « gestion durable et une utilisation naturelle des ressources naturelles », ainsi que la prévention et la réduction nette de « la pollution marine de tous types », mais le sable n’y est jamais spécifiquement mentionné. Il n’y a donc pas de norme globale sur l’exploitation des granulats mais une multitude de conventions régionales traitant partiellement la question, telle que la Convention pour la Protection du milieu marin dans la zone de la Mer Baltique ou la Convention de Barcelone pour la protection de la Méditerranée qui incluent le sable dans les thématiques globales d’extraction minière. 

L’heure n’est pas non plus à la généralisation de l’information transparente relative au sable, notamment parce que ses acteurs ne sont pas clairement identifiés : à qui appartiennent les droits sur les ressources en sable et sur les terres dont elles sont extraites ? Il s’agit d’un enjeu crucial pour une gouvernance cohérente des ressources sablières. Si les Nations Unies ont lancé un signal d’alerte et publié un rapport exclusivement consacré à la situation mondiale du sable, cela semble être le seul effort de concertation internationale visant à mettre en lumière les détails de la question. Les informations qui circulent sur ce thème sont toujours les mêmes et l’absence de mécanisme incitant à la régulation de l’exploitation sablière empêche la mise en réseau des acteurs du sable. Elle handicape, de fait, toute possibilité de mesure exhaustive du risque auquel s’exposent, conjointement, les acteurs à toutes les échelles. Le rapport des Nations Unies mentionné précédemment le démontre : des experts se penchent attentivement sur la question, des priorités sont fixées pour aborder la question, telles que la mise en transparence des actions de chaque acteur permettant une évaluation des risques, mais aussi la mise en relation des parties prenantes. S’imposent aussi une sensibilisation des populations, ainsi qu’une incitation aux progressions scientifiques, via l’investissement dans la recherche et développement, par exemple, pour mettre au point des solutions de remplacement du ciment. Certains proposent aussi des mécanismes de taxation du sable ou une fixation du prix globale pour rendre le ciment moins compétitif. Néanmoins, des questions demeurent et divisent encore les experts. Par exemple, le mécanisme débattu de prime au développement durable n’est pas pertinent selon certains car le commerce du sable s’effectue en déconnexion avec le public, les « consommateurs » d’infrastructures. Se pose aussi la question de l’articulation de l’accès à l’information pour tous et de la propriété confidentielle. Autant de questions et de propositions qui ne peuvent que rester lettre morte si elles ne sont pas soutenues par une véritable volonté politique.

 

Or, aujourd’hui, l’échec de la diplomatie du sable, comme pour d’autres ressources stratégiques, est lié au niveau « officiel » auquel se déroule cet exercice, alors que les enjeux se ramifient à travers une myriade d’acteurs sous-étatiques ou transnationaux : dragueurs, entrepreneurs, développeurs, spéculateurs immobiliers, investisseurs étrangers qui opèrent selon des logiques privées et secrètes.

Pourtant, de plus en plus d’acteurs locaux se mobilisent contre des projets d’extraction. De telles mobilisations ont eu lieu en France en 2018, lorsque des riverains se sont rassemblés contre un projet d’extraction de 13 millions de mètres cubes de granulats dans l’estuaire de la Gironde, alors que le littoral est l’un de ceux les plus menacés par l’érosion marine. Les deux sociétés espérant obtenir la concession ont fini par jeter l’éponge.

Si les victimes de la « guerre du sable » sont inaudibles à l’échelle internationale, en l’absence de structures d’intermédiation entre les différents acteurs et d’évaluation des risques, cela posera problème prochainement. Des problématiques telles que le statut à attribuer aux États disparus du fait de l’érosion accélérée de leur territoires insulaires vont nécessairement devoir être prises en compte

La nécessité de réviser nos conceptions de l’État au regard de ces modifications territoriales fera peut-être évoluer notre rapport à la gestion internationale des ressources rares. N’oublions pas que « quand la marée monte, il n’est plus important de savoir à qui appartient le château de sable.(3) » 

Leila Detemple

(3) – José Arthur
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Bibliographie

‐ Enquête « Le sable : enquête sur une disparition » de Denis DELESTRAC pour Arte, 2013

‐ « Le livre noir de la mer », Christian Buchet, 2015

‐ Rapport “ Sand and Sustainability : Finding new solutions for environmental governance of global sand resources” (7 mai 2019)

‐ “Built on Sand : Singapore and the New State of Risk” – Joshua Comaroff

‐ « Géopolitique du sable. Entre rareté, conséquences environnementales et enjeux diplomatiques. » Julien BUEB, Lina PAMART, dans le Diploweb.

‐ « Mastering space : hegemony, territory, international political economy » John Agnew, Stuart Corbridge. (1995).

‐ Orrin H. Pilkey, Earth and Ocean Sciences, Nicholas School of Environment.

‐ “Sand wars” Peter Dupont, 07.02.2014, journalismfund.eu

‐ “La guerre mondiale du sable est déclarée” – Les Échos, 02.2016

‐ « Le béton, grand oublié de la loi hulot : pillage du sable et destruction de l’écosystème », Thierry Paul Vette pour Médiapart, 8.09.2017

‐ « Le sable, objet de toutes les convoitises », Le Temps 03.07.2013

‐ « En dépit des apparences, le sable est une ressource rare » Libération, 11.08.2017

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