Farmajo, quel espoir pour la Somalie ?

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Mohamed Abdullahi Mohamed, Farmajo, nouveau président de la Somalie

Le 8 février 2017 Mohamed Abdullahi Mohamed alias Farmajo est élu président de la Somalie. A peine investi, le nouveau chef d’Etat a dû faire face à la gestion d’un attentat survenu le 19 février à Mogadiscio, la capitale. Entre corruption et terrorisme, de nombreux défis l’attendent. 

Parmi les plus urgents, celui de la famine.  Selon les Nations Unies, un million et demi de personnes est menacé par la crise alimentaire qui sévit en Somalie depuis le mois de février. Cent dix personnes sont mortes de faim ou de diarrhées à la fin de la semaine dernière. L’urgence est de taille pour ce pays qui connaît pour la deuxième fois en une décennie, un événement de cette nature. Face à ce défi pressant, d’autres sont latents et nécessitent un véritable tour de force de la part du nouveau président.

Selon Transparency International, la Somalie est le pays le plus corrompu du monde. Le cadre même de l’élection témoigne de l’opacité des institutions. Des soupçons de fraudes et de violences, au cœur desquels sont mêlés des députés prêts à financer leurs voix, illustrent cette situation. « Comment un président élu par un Parlement aussi corrompu pourrait-il mener une quelconque lutte contre la corruption ? » s‘interroge Roland Marchal, chargé de recherche au CNRS et spécialiste des conflits dans l’Afrique sub-saharienne (1). Des soupçons pèsent aussi sur la campagne de Mohamed Abdullahi Mohamed, qui aurait été financée, pour partie, par le Qatar. Un premier revers pour ce président et ancien premier ministre (2010) qui se présente comme une alternative positive pour le futur du pays. L’élection s’est d’ailleurs tenue le 8 février dans des conditions, elles aussi, obscures. Les parlementaires se sont réunis pour élire le nouveau chef d’Etat, parmi vingt deux autres candidats, dans un hangar de l’aéroport international de Mogadiscio, endroit le mieux protégé de la capitale.

C’est dans ce lieu que se trouvent les bureaux des Nations unies, des organisations humanitaires et des ambassades internationales. (2) Le pays est en effet traversé par une crise politique dans laquelle la communauté internationale est intervenue.

Guerre civile et famine

L’autre gangrène du pays : la guerre civile. Depuis 1991, le pays est en proie aux conflits entre les différents clans. Le nouveau président est issu du clan Darod et a choisi de nommer un premier ministre de l’autre clan afin d’équilibrer l’appareil exécutif (3). Face aux coordinations stériles des différentes organisations, la présence d’Al-Chabab, groupe djihadiste basé en Somalie qui a fait allégeance à Al-Qaida,  cristallise les tensions.

Donald Trump a décidé de rayer de la carte la Somalie en interdisant l’accès aux Etats-Unis, via le décret anti-immigration, aux ressortissants de ce pays. Celui-ci est toujours marqué par l’intervention militaire américaine de 1992, année pendant laquelle la guerre a éclaté et la famine a sévit. Le programme « Restore Hope » de la même année, décidé par George Bush a été mis en place pour venir en aide à un pays en proie aux conflits claniques, transformés en véritable guerre civile. C’est la première grande intervention humanitaire et militaire à cette échelle. L’opération a été un échec : l’arrivée tardive de l’aide humanitaire y a joué pour beaucoup. L’intervention s’est soldée par le retrait partiel troupes américaines en 1993.

En 2001, après les attentats, Washington inscrit le nom de nombreux ressortissants ou sociétés d’origine somalienne sur la liste des soutiens au terrorisme. Les forces spéciales et la CIA se sont mises à payer les seigneurs de la guerre locaux pour traquer les agents d’Al-Qaida.

Dans Somalie, l’interminable crise, Jean-Christophe Mabire retrace le passé de ce pays contrasté, à travers une approche historique qui permet d’éclairer l’actualité d’aujourd’hui. De l’indépendance en 1960, libérant la Somalie de ses anciennes tutelles belge et italienne, en passant par la présidence de Mohammed Siad Barré, et le tournant de l’année 1979, l’histoire du pays s’inscrit dans des relations internationales complexes (4). A partir de 1979, le régime s’effondre et de nombreux paramètres entrent en jeu dans l’avenir du pays : phénomènes mafieux, détournement divers, collaboration avec des associations criminelles internationales… C’est aussi l’année de création de la SSDF (Somali Salvation Democratic Front), mouvement soutenu par les autorités éthiopiennes et s’opposant au pouvoir de Mogadiscio. En 2006, les Etats-Unis avaient soutenu discrètement les forces éthiopiennes qui envahissaient le pays pour renverser le mouvement islamiste qui avait pris le pouvoir dans la capitale.

La « campagne de Somalie » est approuvée par la présidence Obama. Peu d’intervention au sol, en accord avec sa politique extérieure, mais de nombreuses frappes “défensives” aériennes ont touché le pays (13 raids au sol pour l’année 2016). En mars 2016, l’une d’elle a touché plus de 150 chebabs lors d’une “cérémonie de remise de diplômes”, c’est l’une des frappes aériennes les plus mortelles de ces dernières années, tous pays confondus. Donald Trump hérite de cette situation, à propos de laquelle le Pentagone a très peu communiqué, du moins l’a fait prudemment. (5)

C’est dans ce contexte que Mohamed Abdullahi Mohamed vient de prendre la tête du pays. Pendant sa campagne il a martelé vouloir s’attaquer à la corruption qui bloque le pays, alors que courent des rumeurs sur le financement de sa campagne par le Qatar. Les tensions claniques sont aussi des cloisons à abattre pour porter la Somalie vers un avenir plus inspirant.  

Auriane Guerithault

  1. http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/02/22/somalie-les-defis-de-farmajo_5083463_3232.html
  2. http://www.slateafrique.com/718058/somalie-election-presidentielle-sous-tres-haute-securite
  3. http://www.la-croix.com/Monde/Afrique/En-Somalie-election-presidentielle-dans-climat-haute-tension-2017-02-08-1200823370
  4. https://www.cairn.info/revue-herodote-2003-4-page-57.htm
  5. https://www.nytimes.com/2016/10/16/world/africa/obama-somalia-secret-war.html?_r=1 repris par Courrier International  : http://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-la-guerre-de-lombre-des-americains-en-somalie

 

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