Casa Pueblo, une organisation de la base locale qui converse avec le global

A l’intérieur d’une maison rose de style colonial localisée sur le territoire d’une municipalité montagneuse de Porto Rico – Adjuntas – se trouve Casa Pueblo. Cette organisation fut créée en 1980 afin de mener la lutte contre un projet de mine à ciel ouvert qui devait s’installer sur le territoire de cette même municipalité et irrémédiablement dégrader l’environnement local. Mobilisant la population locale via diverses activités culturelles, de sensibilisation, d’évènements et de manifestations, Casa Pueblo obtint une première victoire en 1995 avec la décision du gouvernement portoricain d’interdire tout projet de mine ouverte sur l’île. A la suite de cette victoire, l’organisation profita de la dynamique pour s’affirmer comme un acteur local majeur, variant ses activités et propositions en direction de l’éducation, la culture, la lutte environnementale et la promotion de solutions énergétiques renouvelables, étant toujours animée d’un désir d’innovation améliorant le bien-être communautaire. Ainsi, bien que ses projets solaires soient toujours salués, son cofondateur, Alexis Massol-González explique qu’à « travers du solaire, nous agissons dans la pratique » et que l’innovation « se découvre plus tard ». Refusant l’idée de recevoir toute forme d’aide institutionnelle pour maintenir son indépendance d’idées, Casa Pueblo se définit par son fonctionnement selon un modèle d’autogestion communautaire.

Au cours des dernières années écoulées, Casa Pueblo s’est notamment illustrée par sa participation dans le combat contre le projet du « Gazoduc Nord » ou « Voie Verte », autre menace environnementale, qui fut annulé en 2012, et pour son rôle fondamental dans le contexte post-ouragan Maria lorsqu’elle ouvrit ses portes aux Adjuntains. En se transformant en oasis énergétique – grâce aux 43 panneaux solaires que supporte son toit – au sein d’une ville qui resta sans lumière durant plusieurs mois, Casa Pueblo distribua également 14 000 lampes et ampoules solaires qui, en plus d’éclairer de nombreuses maisons, permirent d’éduquer les habitants à l’énergie solaire. Pour autant, si elle est l’organisation profondément ancrée dans les réalités locales que suggère cette brève description, Alexis l’estime « connectée au niveau international » lorsque l’autre cofondatrice, Tinti Deyá Diaz, souligne qu’après Maria « de l’aide est arrivée depuis la Norvège» à Casa Pueblo.

            Malgré le fait qu’elle soit ce que les politologues appellent une “grassroots organization”, dans la mesure où elle s’appuie sur les personnes faisant partie de sa communauté pour induire des changements dans la société, Casa Pueblo ne s’est jamais empêcher d’échanger et de converser avec des acteurs du monde entier. Sa cofondatrice se réjouit de ces échanges puisque « toute connexion qui peut se réaliser avec une autre culture, avec des visions différentes, est enrichissante puisqu’on apprend de chaque côté ». Dans un monde politique toujours marqué par la prédominance des relations internationales, entendre celles liant une institution étatique à une autre, un fort sentiment de solidarité latino-américaine ainsi que la curiosité inspirée par ses divers projets a permis à l’organisation adjuntaine de bénéficier d’un partage de connaissance à l’extérieur de son île.

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La maison historique située à Adjuntas, siège de Casa Pueblo.

 

« Mondialiser » son regard

En entrant dans le siège de l’organisation, une maison historique construite durant les premières années du vingtième siècle, les portes ouvertes facilitent la vue de trois portraits dans la bibliothèque. Trois figures emblématiques de Porto Rico que Alexis Massol présente comme « internationalistes » : de la gauche vers la droite et du plus ancien au plus jeune nous regardent Ramón Emeterio Betances, Eugenio María de Hostos et Pedro Albizu Campos. Le premier avait rapporté son désir de lutter pour les « causes justes » de sa vie étudiante française où il participa à la révolution de 1848. Voyageant beaucoup entre Paris et les Caraïbes, il fut un fervent défenseur de diverses causes indépendantistes caribéennes et est considéré comme le père de la patrie portoricaine pour son rôle dans le « Grito de Lares », insurrection armée qui déclara l’île indépendante du gouvernement colonial espagnol le 23 septembre 1868. Le second se forma durant de longues années en Espagne où il milita en faveur de la formation d’une République fédérale. Déçu par la nouvelle constitution de 1869 qui, bien que dotant l’Espagne d’une république, conservait hypocritement ses colonies cubaine et portoricaine, revint en Amérique latine où il devint un grand partisan de l’indépendance portoricaine et des unités antillaise et latino-américaine jusqu’à sa mort. Le troisième passa la majeure partie de sa vie sur l’île à lutter pour son indépendance des Etats-Unis, à travers le Parti Nationaliste qu’il dirigeait durant plusieurs décennies. Pourtant, comme Alexis le rappelle, son passage à Harvard montra qu’il « avait déjà un regard mondial » étant donné sa participation dans le Cosmopolitan Club où Campos supportait divers mouvements indépendantistes alors actifs. Il aida ainsi à écrire la Constitution irlandaise et se fit l’ami d’indépendantistes indiens comme le leader nationaliste Subhas Chandra Bose ou le poète Rabindranath Tagore.

La solidarité internationale qui les animait pourrait constituer une arme pour Porto Rico. Bien qu’elle ne veuille pas être une organisation politisée, ses cofondateurs prônèrent la légitimité de l’autodétermination pour l’île devant l’institution normalement garante de cette solidarité. Ainsi, le 14 août 1990, Alexis Massol soumit une proposition au Comité Spécial de Décolonisation des Nations Unies afin que soit reconnu ce droit. A son tour, Tinti se rendit à New-York au milieu des années 1990 avec l’objectif de dénoncer le Plan 2020, un plan général des Etats-Unis qui visait à faire de Porto Rico un atelier industriel basé sur un système extractiviste sans réduire sa dépendance structurelle. Imaginé par le puissant secteur industrialo-militaire étatsunien, ce plan secret avait pour objectif de mettre en place diverses infrastructures présentées comme vitales pour le peuple portoricain. De 1985 à 2020, le Plan devait se développer pas à pas et à la tribune des Nations Unies, la cofondatrice put dévoiler certains documents – obtenus en diverses agences fédérales –  en mesure de prouver la conspiration. Aucune de ces interventions eut un quelconque effet sur la politique étatsunienne sur l’île des Caraïbes, mis à part un timide appel à son indépendance qu’émit le Comité en juin 2006. De son expérience Alexis Massol conclura que cette organisation « reste dans la diplomatie et la diplomatie n’avance pas, ne résout pas » bien qu’elle « ait sa fonction, il faut le reconnaître, d’exposition et non de changement ».

Cependant, si l’ancien ingénieur et père de Casa Pueblo affirme que « le changement se fait depuis l’intérieur » et malgré la déception onusienne, il ne faut pas y comprendre que les organisations internationales sont oubliées par l’organisation adjuntaine. En 2003, elle acheta le Bosque La Olimpia, un terrain de 140 hectares où elle débuta un projet mêlant académique, scientifique, culture et nature sous le nom de « Bosque Escuela », proposant par ce biais l’éducation de nombreux élèves adjuntains au bien-être environnemental à travers de classes ouvertes dans la forêt. Fin mai 2018, le « Bosque Escuela La Olimpia », accompagné du « Bosque Chocó Andino », son homologue équatorien, appela à la création de « bosques escuelas » à l’intérieur du Réseau Ibéro-américain de « Bosques Modelo » (RIABM), subdivision du Réseau International de « Bosques Modelo », duquel il fait partie au nom de Porto Rico. Le RIABM a pour mission de mettre en valeur les territoires latino-américains, caribéens et espagnols où émergent des initiatives pour la bonne gestion des forêts et des ressources naturelles permettant d’atteindre les objectifs mondiaux de développement durable, de réduction de pauvreté et de lutte contre la désertification et le changement climatique. Bien que par la venue de l’Espagne qui « est venue avec son argent » et incarne « un retour de la colonisation » sans avoir pris en compte l’homogénéité et la logique de l’espace du réseau qu’il a rejoint, Arturo Massol Deyá, directeur général de Casa Pueblo, vante le « transfert de connaissance » rendu possible grâce à ce réseau. Celui-ci comprend environ 31 millions d’hectares dans 34 « bosques modelo » à travers de 15 pays ibéro-américains et offre un instrument international pour « suivre un agenda commun qui renforce la route du changement » selon le directeur de Casa Pueblo. Si de tels changements se font depuis le local comme le montre l’exemple du « Bosque Escuela La Olimpia », Arturo croît que faire partie de cette organisation internationale permet le partage d’idées et de « maintenir ce référent d’innovation, de changement » animant Casa Pueblo dans son essence. Par ailleurs, ce soutien international est devenu un outil insulaire en novembre 2014 quand le gouverneur Padilla a entériné la demande faite par Casa Pueblo de protéger 153 000 hectares de terrain portoricain sous le statut de « Bosque Modelo ».4

 

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De gauche à droite: Ramón Emeterio Betances, Eugenio María de Hostos et Pedro Albizu Campos

La rupture de l’isolement

Dans le cas de Porto Rico, nous n’avons pas d’agenda national parce que nous sommes une nation qui ne peut s’autodéterminer, il faut stimuler par d’autres moyens ». Arturo sait l’importance de l’action ancrée au niveau local alors que le gouvernement portoricain ne paraît pas obéir aux intérêts du peuple qu’il dirige. Une fois de plus, cela ne veut pas dire non plus que Casa Pueblo s’enferme à ce même niveau local. Rappelant que son organisation mène une « mission locale qui a une projection mondiale », Alexis ne peut occulter l’attribution du Prix Goldman, équivalent du Prix Nobel environnemental, en 2002 qui le « fit sentir citoyen de la Planète Terre ». A côté de cette distinction personnelle décernée pour la lutte de Casa Pueblo contre le projet minier, Alexis insiste avant tout sur la visibilité internationale apportée à l’organisation puisqu’une « fenêtre qui a rompu l’isolement » s’est ouverte « avec le Prix ».

Forte de ce coup de publicité bien mérité, Casa Pueblo fut approchée par l’International Institute for Environment and Development (IIED), un think tank britannique qui promeut le développement durable présenté par Arturo comme « intéressé en politiques qui fonctionnent ». Selon ses termes Tinti, Alexis et lui furent « invités avec des organisations considérées comme réussissant ». El IIED permit à Tinti, Alexis, Arturo, Edgardo Gonzalez et Tighe Geoghegan expliquer le changement global qu’amena la lutte locale anti minière dans une publication de 2006. Toujours en Europe, Casa Pueblo attira la curiosité de deux Français, Anne Gouyon et Sébastien Viaud, qui inclurent leur rencontre avec l’organisation dans un livre publié en 2009, Résistants pour la Terre, dans lequel ils passèrent du temps avec les lauréats du Prix Goldman à travers le monde entier pour expliquer leur lutte. « De venir de si loin pour visiter Casa Pueblo », Alexis remercie également deux autres Français curieux, qui se nommèrent « Vagabonds de l’énergie » en référence au tour du monde qu’ils commencèrent en août 2016 pour rendre visite aux acteurs qui changent le rapport à l’énergie et qui choisirent Casa Pueblo pour leur première étape.

Bénéficiant d’une couverture médiatique significative, Casa Pueblo peut porter son message au-delà des limites de l’île. Se retrouvent notamment des médias étatsuniens possédant une prestigieuse réputation internationale comme The Intercept, qui s’est entretenu avec Arturo à plusieurs reprises et a publié un long article écrit par la journaliste canadienne Naomi Klein dans lequel elle se penchait longuement sur le rôle de l’organisation après l’ouragan Maria, ou National Geographic et le Washington Post. Cependant, preuve du caractère singulier de cette organisation, la curiosité à l’égard de Casa Pueblo mena une chaîne de télévision allemande à réaliser un reportage un jour de mars 2005, la connectant avec une des nations leader en matière d’initiatives environnementalistes en Europe. Au niveau radiophonique, doivent également être notées plusieurs apparitions sur la fréquence d’une radio newyorkaise, foyer d’une part importante de la diaspora portoricaine, ou sur celle de Radio Habana située à Cuba.

La culture a été une manière supplémentaire d’échanger avec le monde. De l’Espagne, Casa Pueblo reçut les chanteurs de la Tuna de España en septembre 2006, trois ans après avoir accueilli l’arrivée de la Ruta Quetzal, projet d’éducation et d’échange culturel, au « Bosque del Pueblo ». Cette forêt – 59 hectares acquis en 1996 sur le territoire d’Adjuntas qui put être sauvé du projet minier – a un statut spécial de gestion communautaire étant donné que, en théorie, Casa Pueblo la gère main dans la main avec les institutions. Le même Bosque fut à l’honneur dans un livre présenté à la Fête international du livre qu’eut lieu au Costa Rica en novembre 2006, Casa Pueblo profitant ainsi d’un espace culturel pour porter son message au niveau mondial. Durant cet évènement, elle put être approchée par le RIBM qui l’invita à une de ses réunions en Bolivie avant de l’intégrer au réseau. Parmi ses souvenirs les plus forts, Alexis se rappelle avec le sourire « la réception de payadores pour exprimer leur solidarité avec le Bosque et la lutte anti-minière et ainsi rompre avec l’isolement », des poètes musicaux venant d’Argentine, d’Uruguay ou du Chili pour partager des activités avec Casa Pueblo et exprimer sa solidarité via la poésie chantée. De cette solidarité, le père de l’organisation retient qu’elle aida à « latino-américaniser l’île ».

Cette identité latino-américaine, Casa Pueblo l’assume et la revendique à l’image de la Rencontre latino-américaine des femmes qui luttent pour l’environnement et le développement durable qu’elle organisa le 17 septembre 2016. Une dizaine de femmes venues du Pérou, d’Equateur, du Honduras, du Guatemala et de Porto Rico se sont réunies afin de partager ses expériences de lutte en tant que femme activiste au siège de l’organisation adjuntaine. Parmi elle se trouvait par exemple Berta Zúñiga Cáceres, fille de Berta Cáceres Flores, leader environnementaliste hondurienne et lauréate du Prix Goldman 2015 qui fut assassiné dans les mois précédents pour s’être opposée à un projet hydroélectrique dans son pays. Permettant la construction de ponts solidaires entre les luttes latino-américaines, Alexis estime aussi que cet événement a renforcé la vision protectrice de Casa Pueblo puisque, partie de l’identité des différentes femmes présentes en ce jour, « la culture indigène apporta une autre dimension à la lutte environnementale : respecter le bien-vivre ».

            Également engagée dans des missions de sensibilisation, dans les années 2000 Casa Pueblo envoya des représentants à l’étranger pour intervenir dans des conférences dans des pays comme le Portugal, la République Dominicaine et d’autres pays caribéens, Arturo décrivant que ces « expériences sont bien gratifiantes, nous partageons nos expériences ». Et s’il y a « une part de fierté », le directeur insiste que « nous ne sauvons pas les autres mais nous donnons de l’espoir », se référant à la lutte anti-minière qui prouva qu’une communauté locale bien soudée pouvait mettre en échec des compagnies multinationales. En accord avec ses valeurs éducatives et de solidarité latino-américaine, Casa Pueblo reçut des étudiants mexicains en 2004, costaricains en 2005 et fut invitée à l’Université hondurienne de Zamorano en 2006. De même, elle établit un système d’échanges réguliers avec la Michigan State University où Arturo avait obtenu su doctorat en écologie microbienne. L’ancien étudiant du Michigan évoque « des groupes qui venaient mener des projets avec des jeunes de l’école » et profiter « d’apprentissages à travers du service ». En outre, les barrières pouvaient tomber puisque « le thème de la langue se travaillait, […] se donnait une condition réciproque au lieu d’imposer un langage ».

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Berta Zúñiga Cáceres

“Une alliance naturelle”

Alors que la position sur les relations politiques entre les Etats-Unis et l’île est très critique à l’intérieur de Casa Pueblo, ce programme d’échange n’est pas une exception. Le cofondateur affirme qu’il existe une « relation merveilleuse avec les organisations non gouvernementales et les universités étatsuniennes, nous avons une alliance naturelle là-bas ». Selon Alexis, un des objectifs de l’organisation est aussi de « faire le pont » avec la diaspora « depuis que la lutte anti-minière a commencé ». Une participation à la Convention des femmes à Chicago en mars 1987 avait déjà prouvé que Casa Pueblo ne laisserait pas les divisions politiques atteindre son envie de partager avec la société civile des Etats-Unis. Débutant avec « des conférences dans les universités où la diaspora était présente comme Milwaukee ou Washington », Arturo souligne que ces échanges sont cruciaux car ils sont une « forme de rompre les barrières et […] les problèmes politiques avec les Etats-Unis mais les personnes, les institutions…il y a beaucoup de choses grandioses à embrasser ». Avec une forte présence de la diaspora à New-York, l’organisation adjuntaine parla notamment à l’Université Rogers du New-Jersey ainsi qu’à l’Université Columbia. Qui dit échanges dit allers et retours, Casa Pueblo reçut des étudiants de New-York, du Maine, du Vermont et même de la Nouvelle-Orléans pour leur enseigner son fonctionnement et parfois les intégrer en tant que volontaires sur leurs projets du moment.

Les échanges avec les Etats-Unis dans le domaine scientifique ont également une grande importance pour Casa Pueblo en leur qualité de vecteur essentiel de progrès dans la préservation environnementale. En 2005 par exemple, des étudiants de l’école supérieure de la NASA sont venus partager autour de l’énergie solaire dans la maison rose, preuve de la reconnaissance auprès des institutions scientifiques étasuniennes dont jouit l’organisation. « Le sujet politique n’est pas le seul, il faut agir et nous ne pouvons pas attendre que le politique se résolve » explique Arturo pour évoquer les relations de Casa Pueblo avec des agences fédérales comme la US Foresty ou la US Geological Survey. Le territoire de Porto Rico restant soumis à de telles agences, le dialogue est nécessaire afin de faire exister des voix portoricaines dans la façon de gérer les ressources naturelles de l’île. Ainsi, Alexis avance le fait que « pour la US Forestry, la forêt est un sanctuaire » lorsque « pour nous, c’est une forêt avec des personnes », et brandit sa volonté de semer les idées de Casa Pueblo au sein de cette agence puisqu’elle « veut ajouter un nouveau paradigme où la gestion est communautaire ».

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Tinti Deyá Diaz et Nancy Pelosi, le 27 juillet 2018.

Maison resplendissante

             “Je vis un monsieur très grand avec un drapeau étranger que je ne connaissais pas”, c’est à juste titre qu’Alexis n’avait jamais vu le drapeau de cet homme qui « venait de Norvège ». En ce sens, les actions de Casa Pueblo, dédiées à sa communauté, finirent par placer l’organisation sur une carte beaucoup plus grande que celle de la municipalité adjuntaine. Si Arturo se rappelle que « ceci ne dicte pas et ne définit pas Casa Pueblo », il admet toutefois que « les échanges globaux nous renforcent, nous enrichissent », et que la « reconnaissance internationale quand on manque du soutien des institutions » permet « une protection de ce que nous faisons au niveau local ».

            Cette maison rose a également reçu la visite de politiciens. En dépit de représenter une voix critique de la situation politique sur l’île, Casa Pueblo ne veut pas laisser celle dernière interférer dans ses activités, Alexis la décrivant comme « une maison ouverte, nous recevons des personnes de toutes les idéologies ». De fait, elle accueillit des représentants du régime cubain – l’ambassadeur en 1995 et un député en 2003 – comme elle accueillit récemment des Congressistes du Parti Démocrate étatsunien parmi lesquels se trouvait son actuelle leader Nancy Pelosi. Même si Alexis n’oublie pas le fameux dicton disant que « Porto Rico et Cuba sont les ailes du même oiseau », il reçut les représentants démocrates avec la même courtoisie au sein de la maison centenaire. Fidèle à sa manière d’être durant les 38 dernières années, les interactions de Casa Pueblo ne la déconnectèrent pas de son action locale avec un nombre toujours croissant de projets à destination de sa communauté. Nous parlons pourtant bien d’une organisation locale dont la lumière éclaire bien plus loin qu’Adjuntas.

           Corentin Mançois

Bibliographie :

Articles de presse :

Convierten en ley Bosque Modelo de Puerto Rico. El Nuevo Día, 3 novembre 2014. [en ligne].

<https://www.elnuevodia.com/noticias/locales/nota/conviertenenleybosquemodelodepuertorico-1885318/>, consulté le 31/08/2018.

BANUCHI, Rebecca. Marcada por la violencia y represión la lucha de mujeres ambientalistas. El Nuevo Día, 16 septembre 2016. [en ligne]. <https://www.elnuevodia.com/noticias/locales/nota/marcadaporlaviolenciayrepresionlaluchademujeresambientalistas-2241878/>, consulté le 31/08/2018.

Articles spécialisés :

DEYÁ DIAZ Tinti, GEOGHEGAN, Tighe, GONZÁLEZ, Edgardo, MASSOL DEYÁ, Arturo, MASSOL GONZÁLEZ, Alexis «Bosque del Pueblo, Puerto Rico: Como la lucha antiminera cambio la política forestal desde la base comunitaria». Políticas exitosas para los bosques y la gente no. 12 (2006), 52 p. ISBN: 1 84369 584 7.

Revue:

«El Plan 2020: nueva estrategia económica para Puerto Rico». Pensamiento Crítico, Volume VII, no. 40 (sept./oct. 1984).

Sites internet:

RED IBEROAMERICANA DE BOSQUES MODELO. Los Bosques Modelo Choco Andino y Puerto Rico promueven la adopción de Bosques Escuela. In Red Iberoamericana de Bosques Modelo – RIABM [en ligne]. < http://www.bosquesmodelo.net/los-bosques-modelo-choco-andino-y-puerto-rico-promueven-la-adopcion-de-bosques-escuela/>, consulté le 31 août 2018.

LES VAGABONDS DE l’ENERGIE. Le projet. In Les Vagabonds de l’énergie [en ligne].

<http://www.vagabondsenergie.org/fr/le-projet/ >, consulté le 31 août 2018.

Entretiens:

Entretiens avec les personnes citées :

Tinti Deyá Diaz, cofondatrice de Casa Pueblo

Arturo Massol Deyá, directeur general de Casa Pueblo.

Alexis Massol-González, cofondateur de Casa Pueblo.

Autre:

Journal de bord de l’organisation de 1980 à 2008.

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