Bilan du monde en 2016

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Janvier pointe le bout de son nez et referme la page de 2016. Une année parfois qualifiée de « traumatisante » qui connut des bouleversements politiques majeurs dans un contexte de remise en cause des hiérarchies traditionnelles, de nouveaux acteurs prenant place dans l’échiquier mondial de la puissance.  

Retour sur les Unes qui ont marqué 2016 : la fin de « la fin de l’Histoire » ?

Francis Fukuyama publie en 1992 The End Of History And The Last Man. Il y développe la thèse selon laquelle la fin de la Guerre froide a marqué la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme – la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’URSS symbolisant cette victoire. Néanmoins, cela ne signifiait pas la fin des conflits, mais la suprématie absolue de l’idéal de la démocratie libérale. Autrement dit, la fin d’un monde bipolaire, et le début d’un monde unipolaire. Cependant, 2016 semble être une plaque tournante dans le jeu des relations internationales, mettant en lumière de nouveaux acteurs, de nouveaux enjeux, et de nouvelles formes de conflit.

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22 mars 2016. Un attentat à Bruxelles commandité par l’organisation de l’Etat Islamique (EI) touche l’Europe en son coeur. Bruxelles est le symbole de l’Union Européenne, du fait de la présence des sièges des principales institutions. Les journaux et dirigeants appellent à l’union dans une Europe qui peine à résoudre la crise migratoire et à s’accorder sur les modes d’actions en Syrie pour contrer l’EI. A ce sujet, nous vous proposions le compte-rendu de conférence sur le thème suivant : Quelle politique de contre-radicalisation en France ? 

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23 juin 2016. Le peuple britannique tire sa révérence en se prononçant pour un retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Une décision qui frappe de plein fouet l’Europe. Le retrait d’un état moteur et piller économique et politique de l’Europe soulève de nombreuses interrogations quant à l’efficacité du système européen. Sa cohésion d’une part, son accessibilité pour le public d’autre part, et il révèle enfin une montée en puissance du populisme (Tout mouvement, toute doctrine faisant appel exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu’entité indifférenciée). Nous portions ainsi notre regard sur ce référendum britannique.

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8 novembre 2016. Donald Trump est élu 45ème président des Etats-Unis et son investiture aura lieu le 20 janvier 2017. Sa victoire, mais également le ton et les sujets évoqués tout au long de la campagne par le “président des États-désunis d’Amérique”, leur influence à l’échelle nationale et internationale, ont élevé Trump au rang de personnalité de l’année. Les thèmes discutés pendant la campagne révèle un pays en transition. Un pays frappé par une crise identitaire, où les violences se font de plus en plus féroces : tensions autour de l’immigration mexicaine, mais également une recrudescence des violences anti-noirs . Les Etats-Unis, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avaient pleinement assumé leur rôle messianique et multilatéral, mais la victoire de Trump révèle un tournant dans la politique du pays, affichant une volonté isolationniste et une montée en puissance du populisme. A ce sujet, nous nous interrogions sur le bilan de l’administration Obama en terme de politique étrangère, et sur les conséquences d’une telle victoire.

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« Douce Nuit »  – « Noël au temps de la terreur »

19 décembre 2016. Attentat à Berlin, qui n’est pas sans rappeler l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice :à la fois par sa méthode, mais également par la haute portée symbolique du lieu et de la date. L’Allemagne demeurait avant 2016 « protégée » des attentats commandités par les groupes extrémistes. Cela survient dans un climat social tendu, dans cette Allemagne qui a accueilli la plus grande part de migrants. Une décision qui mit à mal Angela Merkel lors des élections régionales. Le parti anti-migrants AfD avait en effet remporté le 4 septembre 2016 un succès électoral important, battant la CDU (Union chrétienne-démocrate) d’Angela Merkel dans son fief électoral, marquant également une percée du populisme en Allemagne. Nous rédigions en mai 2016 un article analysant le lien entre crise des réfugiés et mouvance de l’échiquier politique allemand.

Tous ces événements révèlent un Occident en crise, en proie à une montée du populisme. L’Union Européenne ne parvient pas à trouver une cohésion politique, ce qui se ressent à l’échelle nationale. L’Espagne, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, l’Autriche : de plus en plus de pays voient la montée de mouvements nationaux se réclamant de la défense des intérêts du peuple.

Nous vous faisions part de nos réflexions sur le système européen :

Enfin, toutes ces unes révèlent avant tout un ethnocentrisme occidental. S’il est indéniable que le conflit syrien a marqué les consciences de 2016 – pour rappel il a commencé en 2011-, le traitement médiatique ne fut pas aussi analytique qu’espéré. Par exemple, si on évoque « attentats en 2016 », nous penserons à Bruxelles, Nice, Orlando, Berlin, et peut-être pour certains à la Turquie. Mais voilà, en 2016, il y eut au moins 17 attentats recensés : d’Istanbul à Berlin, en passant par la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, l’Arabie-Saoudite, l’Irak, l’Afghanistan, etc.

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Néanmoins, 2016 fut une prise de conscience. Mais sûrement une prise de conscience trop tardive. Elle se caractérise notamment par un glissement sémiologique : de « migrants », on parle désormais de « réfugiés ». Ainsi, le Figaro a analysé les termes les plus employés en 2016 par les journalistes. Se distinguent des termes comme « traumatisant », «attentat», «décès», «guerre». Ces termes révèlent selon l’article une prévalence de l’affect sur l’intellect. A ce sujet nous publiions un compte-rendu de conférence sur le traitement médiatique des conflits au Moyen-Orient, posant la question de l’objectif du journaliste.

Vous pouvez également relire nos analyses du conflit syrien :

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Le monde que nous connaissions est en pleine mouvance. Les hiérarchies traditionnelles s’ébranlent, les dirigeants politiques majeurs du monde occidental tombant un à un, laissant entrevoir une foule de questionnements face à un avenir incertain. Alors que le Vieux Continent se referme, en proie à des crises internes, des acteurs émergent, profitant de la crise syrienne pour abattre leurs cartes.


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Pour mieux comprendre la géographie du Moyen-Orient, nous vous proposions un retour sur les Accords Sykes-Picot, signés il y a tout juste 100 ans, lorsque la France et le Royaume-Uni se le partagèrent.

« La Russie, l’Iran et la Turquie dessinent l’après-guerre en Syrie »

C’est le titre d’un article du 22 décembre 2016 publié par Russia Beyond the Headlines. Un titre qui aurait surpris il y a plusieurs années. Ces trois pays, proches du conflit syrien par leur position géographique, ont su se hisser comme des acteurs incontournables dans la « résolution » du conflit. Retour sur l’émergence de ces trois pays en 2016.

  • Turquie  

18 mars 2016. La Turquie et l’Union européenne signent un accord, dans le but de réduire les flux migratoires illégaux vers l’Europe. Ainsi, les migrants en situation irrégulière sont renvoyés de Grèce vers la Turquie. En contrepartie, l’Union européenne s’est engagée à fournir une aide financière et à ouvrir la procédure de libéralisation des visas dans le cadre de l’adhésion turque à l’Union européenne, alors que les discussions étaient gelées depuis 2006. Ce fut le grand retour de la Turquie dans la ronde des négociations.

Pour aller plus loin sur la portée de cet accord, lire : L’accord UE-Turquie et ses implications.

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15 juillet 2016. Dans la nuit du 15 au 16 Juillet 2016, un coup d’état militaire échoue, faisant 265 morts dont 104 putschistes. Dans les jours qui suivent, le pouvoir en place ordonne l’arrestation de 6000 militaires et magistrats. Nous vous faisions un tour d’horizon des évènements passés : « Un coup d’Etat ne peut atteindre la volonté de la nation » .

Enfin, la Turquie a été l’un des pays les plus touchés par les attentats en 2016 : Istanbul, le 12 janvier ; Ankara le 24 janvier ; Ben Gardane le 07 mars ; Ankara le 13 mars; Istanbul le 28 juin ; Gaziantep le 20 août, et Istanbul, le 10 décembre. A la suite de l’attentat d’Ankara, nous avions publié un article  : « Ne te soumets pas à la politique de la terreur », un étudiant déclarant « Erdoğan veut nous montrer qu’on doit choisir entre la terreur ou le régime présidentiel ».

En effet, Erdoğan tente d’utiliser la crise des réfugiés et plus globalement la crise syrienne afin de donner de l’ampleur à la Turquie, tant au niveau national que régional et international. Cette crise est l’occasion pour la Turquie de s’essayer à une multiplicité de rôles combinés à un comportement et une rhétorique de « réaction ». C’est néanmoins une situation que la Turquie « subit » malgré sa volonté de mener une politique pro-active. Pour en savoir plus, lire notre article : « La Turquie de l’AKP face à la crise syrienne : une étape charnière ? »

Si la Turquie a pu se hisser sur la table des négociations, c’est également grâce à un réchauffement des relations avec la Russie. Un réchauffement après une période de gel enclenchée par le crash d’un bombardier russe abattu par l’aviation turque au-dessus de la frontière turco-syrienne, le 24 novembre 2015. Le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine s’étaient ainsi rencontrés le 9 août, scellant une alliance commerciale après des mois de sanctions économiques. En outre, l’assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie Andreï Karlov, le 19 décembre 2016, par un adepte de Gülen, aurait pu mettre à mal les relations russo-turques, mais celles-ci n’ont jamais semblé aussi fortes.

  • Russie

La Russie, depuis le début du conflit syrien a su se poser comme un acteur incontournable. Vladimir Poutine a affiché sa volonté d’agir pleinement sur la scène internationale, renversant l’échiquier mondial de la puissance. Il n’est pas sans rappeler que la Russie est un membre permanent du conseil de sécurité et par conséquent par son droit de veto, elle peut facilement bloquer les décisions.

La Russie adopte une politique étrangère de plus en plus agressive, qui s’est d’abord manifestée en 2014 par l’annexion de de Crimée. Depuis, la Russie a affiché son grand retour sur la scène internationale, en se tournant davantage vers le Moyen-Orient. A ce sujet, nous vous faisions le compte-rendu d’une conférence sur le retour de la Russie au Moyen-Orient. En effet, nous vous soulignions la position ambiguë de la Russie, entre Europe et Asie, par cette fiche de lecture. La Russie, de par sa prévalence géographique, est parfois difficile à situer, ce qui se ressent dans sa politique étrangère. Parfois tournée vers l’Occident, parfois vers l’Orient, elle a fini par jouer sur les deux tableaux. Ainsi, elle se rapproche du Japon. Elle affiche ouvertement une voie russe qui lui serait propre, ce qui pose parfois souvent des mécompréhensions quant à l’interprétation de sa géopolitique. Nous analysions ainsi la diplomatie russe dans l’article « Ce que veut la Russie » .

Dans le cas du conflit syrien, la Russie affiche son soutien à Bachar Al-Assad, puisque sa position est de soutenir l’Etat syrien, afin d’empêcher que la Syrie subisse le même sort que la Libye ou l’Irak. Sa stratégie s’est notamment manifestée à Alep, qui fit écho à celle de la Tchétchénie : tout bombarder, afin de faire fuir la population, pour tout reconstruire.

Alors qu’elle participait aux négociations avec le G20 et le G7 pour résoudre le conflit syrien, elle s’est réunie avec la Turquie et l’Iran ce 22 décembre dernier. Si le partenariat entre la Turquie et la Russie est connu aux yeux de tous, les relations irano-russes sont souvent omises. Russie et Iran sont notamment précurseurs dans la dénonciation d’une menace qu’ils croient et affirment globale et non circonscrite à l’Afghanistan au début des années 2000 ou à la Syrie de nos jours. Pour ces deux puissances, il était probable que la menace islamiste se déploie en Asie centrale, de nombreux recruteurs de l’EI travaillant au Tadjikistan et en Russie. La menace islamiste dans la région ne peut donc que contribuer au rapprochement entre la Russie et l’Iran.

  • Iran

La signature de l’accord sur le nucléaire le 14 juillet 2015 avec les cinq membres permanents du conseil de sécurité, auxquels s’ajoute l’Allemagne, a constitué un changement géopolitique majeur pour la région. En effet, 36 ans après la Révolution islamique de 1979, l’Iran a pu réintégrer le concert des nations, l’accord marquant surtout un tournant dans la politique moyen-orientale des États-Unis. Ce rapprochement avec l’ennemi d’hier est très mal vu par deux alliés historiques de Washington dans la région, qui sont aussi les ennemis quasi héréditaires de la République islamique : Riyad et Tel-Aviv. Le tournant géopolitique des Etats-Unis s’est ainsi de nouveau manifesté le 23 décembre 2016, lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution condamnant la colonisation israélienne, sans que les Etats-Unis y posent leur veto.

« Un loup déguisé en mouton ». Voilà comment le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou dénonçait le président iranien Hassan Rohani, fraîchement élu, lors de l’Assemblée Générale de l’ONU en Octobre 2013. Nous vous proposions dès lors une fiche de lecture sur la Géopolitique de l’Iran : Une puissance dangereuse ou un pays incompris ? L’enjeu de cet ouvrage de Matthieu Anquez est de nous éclairer sur l’identité iranienne et de sortir de la vision caricaturale d’un pays dirigé par une clique de dangereux religieux rétrogrades régnant sur une population fanatique.

La géopolitique de l’Iran s’est toujours nourrie d’un complexe d’encerclement. La nation iranienne, de par son histoire, ressent la sensation d’être oppressée, menacée par les occidentaux et les pays arabes. Cette schizophrénie, parfois justifiée, s’est traduite par une volonté d’obtenir l’arme nucléaire afin de sanctuariser le territoire national et d’assurer la survie du régime. Cette idée se conjugue à la volonté iranienne de prendre en main son destin pour ne plus être soumise aux influences étrangères. Cela passe par une référence au chiisme qui demeure depuis 1979 l’un des invariants de la politique extérieure de l’Iran. Nous vous proposions ainsi une analyse de la cérémonie chiite de l’Achouraanalyse de la cérémonie chiite de l’Achoura

Un autre invariant de la politique étrangère iranienne apparait d’être « le porte-drapeau des opprimés ». C’est ainsi que la Révolution islamique a eu pour vocation de se répandre dans tout le Moyen-Orient, afin de « nettoyer » le Dar-El-Islam des dirigeants musulmans « corrompus » (Roi Abdullah en Arabie Saoudite, général Al Sissi en Egypte ou encore la monarchie Bahreïni). La politique extérieure iranienne se caractérise également par un antisionisme et un antiaméricanisme d’Etat. En ce qui concerne le conflit syrien, l’Iran ne semble pas prêt à abandonner Bachar El-Assad. Ce n’est pas tant pour des raisons religieuses que parce qu’il s’agit d’un moyen d’accroître l’influence iranienne au Moyen-Orient. Ainsi, en Irak, l’Iran affiche un soutien marqué aux chiites face aux sunnites. Nous vous analysions par ailleurs l’influence de l’Iran en Irak depuis l’opération Iraqi Freedom.

Une émergence de l’Iran, qui amène à repenser la géopolitique du Moyen-Orient. L’attitude des États-Unis à l’égard de l’Iran lors des discussions sur le nucléaire  et le retour de l’Iran sur la scène internationale furent vus d’un mauvais œil par l’Arabie Saoudite également. Le Royaume l’a perçu comme une volonté de remplacement par les États-Unis qui travaillent pourtant au maintien des relations diplomatiques. Nous vous proposions ainsi une analyse du leadership de l’Arabie-Saoudite au Moyen-Orient.

Parce que le monde ne limite pas à l’Occident et au Moyen-Orient, petit tour d’horizon des bouleversements majeurs.


Amérique du Sud

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Le Brésil fut de nouveau sous les feux des projecteurs deux ans après la coupe du monde de football, en organisant du 5 août au 21 août 2016 les Jeux olympiques d’été dans la ville de Rio de Janeiro.

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Le Brésil n’a pas seulement fait parler de lui pour ses exploits sportifs, mais aussi par le bouleversement politique qu’il a connu. Le 17 avril 2016, les députés brésiliens votent en faveur de la destitution de leur présidente Dilma Rousseff, accusée d’avoir maquillé les comptes publics. Celle-ci chute définitivement le 31 août 2016, laissant la place à Michel Temer. Le gouvernement vénézuélien du président socialiste Nicolas Maduro a annoncé, à la suite de la destitution, le gel des relations diplomatiques avec le Brésil, et a rappelé son ambassadeur, condamnant « énergiquement » la destitution de la présidente brésilienne, Dilma Rousseff.

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Source : elvenezolanonew

Le Venezuela connaît également des perturbations politiques. Le 1er septembre 2016, l’opposition descend dans la rue. Nous vous proposions un article sur l’analyse du naufrage vénézuélien : entre pénuries alimentaires, crise sanitaire et rupture politique.  La crise économique n’a fait que davantage révéler les fragilités du régime chaviste et renforcer la crise politique qui mettait déjà à mal le président Nicolas Maduro. Désormais en minorité, le camp des chavistes s’accroche néanmoins au pouvoir. L’opposition, réunie dans la coalition de la Table pour l’unité démocratique (MUD, centre droit) et majoritaire au Parlement, avait voté un référendum réclamant son départ prochain. Référendum qui fut « reporté » par le pouvoir. Face à cette crise économique et politique, les quatre membres fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) ont suspendu, le 2 décembre 2016, le Venezuela du bloc sud-américain pour non-respect de la charte du marché commun sud-américain. En septembre 2016, Caracas avait reçu un ultimatum : elle devait se conformer aux règles du Mercosur, c’est-à-dire la libre circulation des marchandises et la clause démocratique. Une clause à laquelle le Venezuela affirme répondre, tandis que le monde appelle à la libération des opposés politiques.  

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Le président colombien Juan Manuel Santos et le commandant des Farc se serrent la main avec la bénédiction de Raul Castro le 23 septembre 2015 à La Havane. – Crédits: Desmond Boylan/AP/SIPA)

Que de rebondissements dans l’accord de paix en Colombie ! Le plus vieux conflit armé interne au monde était sur le point de trouver une halte, lorsque le 26 septembre 2016 le gouvernement porté par le président Juan Manuel Santos et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) signent un accord de paix.

Un accord qui est loin d’être le premier dans ce pays qui se bat depuis des années face aux guérilla et au narcotrafic. A sujet lire notre article « La puissance du narcotrafic en Colombie face à l’Etat entre 1980 et 1995 ». Dans un éditorial du 7 septembre, el Nuevo Herald titrait : « Colombia: un país monotemático ». L’auteur estimait que cet accord ne marquerait pas la fin du conflit, qui dure depuis déjà cinq décennies. L’auteur ne croit en effet pas à une alliance entre le gouvernement et les FARC, mais au contraire, que les membres des FARC s’uniraient aux cartels du narcotrafic, ou à d’autres groupes guérilleros. C’est pourquoi cet accord est seulement une solution sur du court terme. Il dénonce alors l’aspect monothématique de la Colombie. Depuis cinq décennies, le pays se focalise sur la résolution de ce conflit au lieu de penser à diversifier son économie ou encore à améliorer son éducation. Cet article fut rédigé avant le référendum du 2 octobre 2016. Le « non » s’est imposé de peu lors de ce référendum, avec 50,2 % des voix contre 49,8 % en faveur du « oui ». A ce sujet lire un article du Monde : Pourquoi la Colombie a voté « non » à l’accord de paix avec les FARC. Une nouvelle version fut signée à Bogota, le 24 novembre 2016, et sera soumise au vote du Congrès, sans passer cette fois-ci par le vote référendaire.


Afrique

L’Afrique a dernièrement été mise à l’honneur par la COP 22 à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016. Néanmoins, le traitement médiatique fut moindre, la COP 22 n’ayant eu pour but que d’achever la COP 21. Celle-ci dut surtout faire face aux élections américaines qui lui ont quelque peu volé la vedette. Ces élections survenaient le 8 novembre, tenant en haleine les négociateurs. En effet, Donald Trump avait manifesté son hostilité envers le Traité de Paris, promettant de retirer les Etats-Unis de l’accord. The Economist déclarait déjà à l’époque que les négociateurs devaient avoir en tête que les forces du marché à l’extérieur des Etats-Unis auraient un impact non négligeable sur les réelles décisions du président en matière climatique et énergétique. Une analyse pas si sommaire au regard du revirement de Donald Trump.

2016 fut surtout pour l’Afrique une année de changements politiques, comptabilisant pas moins de seize élections présidentielles ! A cette occasion, Le Monde proposait une réflexion sur la nécessité d’organiser des élections présidentielles en Afrique, un modèle politique purement occidental. Nous évoquions ainsi le rôle de la jeunesse africaine, qui porte l’émergence de mouvements de contestation. Le Groupe Ca suffit comme ça au Gabon créé en 2011, fut notamment mobilisé lors de l’élection présidentielle du 27 août 2016.

Le point Afrique propose un très bon article retraçant les personnalités ayant marqué 2016.
Jeune Afrique propose également un classement sommaire des 50 personnalités qui ont fait 2016. 

De notre côté, nous nous sommes penchés sur le cas du Sénégal qui doit faire face à la menace terroriste; sur le Mozambique, paradis africain; sur la création géopolitique de la langue swahili ; ou encore sur le trafic des diamants, un enjeu du conflit en République Centrafricaine.

Nous vous revenions également sur la mission Sangaris en Centrafrique, qui malgré le retrait des troupes françaises, connaît une persistance des tensions.

Enfin, plus globalement, nous analysions la géoéconomie de l’Afrique subsaharienne. La présence de matières premières en Afrique, et particulièrement en Afrique subsaharienne attise les convoitises depuis des décennies. Les puissances occidentales, et notamment les Etats-Unis, doivent cependant commencer à partager ce nid de ressources avec les pays émergents comme l’Inde ou la Chine. Cette dernière est en effet très présente en Afrique et a développé le concept de « Chinafrique », dont nous vous proposions une analyse.


Asie

« La croissance chinoise à son plus bas depuis 25 ans » titrait début 2016 Le Monde. 2016 fut caractérisée de crise pour l’économie chinoise, mais en octobre, selon les propres données qui figurent dans le World Economic Outlook (Perspectives mondiales), le poids du PIB de la Chine – en «parité de pouvoir d’achat» représente 17,3% du PIB mondial, contre 15,8% pour celui des États-Unis. La zone euro pesant quant à elle 12%. Néanmoins, la « différence entre le ratio crédit/PIB de la Chine et sa tendance à long terme » a atteint 30,1% au premier trimestre 2016. Un niveau jamais vu et inquiétant, puisqu’au delà de 10%, la Banque des règlements internationaux (BRI) considère qu’un pays fait face à un risque bancaire. Autrement dit, il existe un risque d‘implosion financière et de la dette souveraine dans les trois prochaines années, la dette totale de la Chine ayant atteint 168.480 milliards de yuans (25.000 milliards de dollars) à la fin 2015, soit l’équivalent de 249% du PIB national (selon les estimations de l’Académie chinoise des sciences sociales, un centre de réflexion gouvernemental).

La Chine a notamment attiré les yeux du monde, par les hauts pics de pollution qu’elle a connus. Récemment, le 15 décembre, Pékin fut placée en alerte rouge pour une période de cinq jours.  

D’un point de vue politique étrangère, 2016 ne fut pas pour la Chine une année bouleversante. Comme l’indique le portail de diplomatie.gouv.fr, « La priorité de la politique étrangère chinoise demeure la stabilité régionale et le soutien à la croissance économique du pays tout en revêtant de plus en plus une dimension globale. ». Autrement dit, Pékin préfère prendre le temps d’émerger et s’inscrit dans le dogme de la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats. Cela ne l’empêche pas néanmoins de développer son complexe militaire. Ses dépenses d’armement selon les estimations auront doublé en dix ans : elles importent notamment des armes à la Russie, à qui elle exporte en échange des produits transformés. Malgré la politique « d’émergence pacifique » sans cesse réaffirmée sur la scène internationale, les velléités expansionnistes de la Chine apparaissent au grand jour, notamment en Mer de Chine, dont nous vous proposions une analyse.

De plus, la Chine, présente dans le monde par ses nombreux investissements (nous rappelions sa part dans le marché du vin) a également commencé à investir dans le monde de la culture : c’est-à-dire le cinéma, notamment hollywoodien, et le marché de l’art.

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Un autre pays asiatique semble se repositionner sur la scène internationale : le Japon. Nous analysions la reconfiguration de la géopolitique du Japon, qui s’explique par deux grandes dynamiques qui se nourrissent mutuellement : une volonté de renouer avec le hard power et une réaction face aux montées en puissance des Etats voisins. La Chine d’une part, avec qui le Japon se dispute l’archipel Senkaku/Diaoyu, mais également la Corée du Nord, dont le rythme des essais nucléaires s’accélère. A ce sujet nous vous proposions une réflexion sur la menace nucléaire nord-coréenne : entre mythe et réalité

Le Japon a également refait parler de lui, lorsque le 21 novembre 2016, un fort séisme de magnitude 7,3 s’est produit dans le nord-est du Japon, au large de Fukushima, entraînant un risque de tsunami. Un séisme qui a remis au goût du jour les défis de la R&D  (Recherche et Développement) japonaise. Nous analysions ainsi la stratégie d’investissement japonaise dans la recherche et le développement. Celle-ci doit notamment réorienter la politique énergétique du pays, la catastrophe de Fukushima en 2011 ayant marqué un tournant majeur. En avril 2014, le nouveau plan stratégique d’énergie était adopté consacrant le nouveau défi majeur de la R&D en énergie : diminuer la dépendance du Japon vis-à-vis du nucléaire et trouver l’équilibre optimal entre différentes ressources pour assurer la demande en énergie du pays. En effet, depuis la loi de 1995, des plans d’orientation de la recherche sont mis en place et renouvelés tous les cinq ans. Ce 4ème plan scientifique et technologique japonais (2011-2016) a donné la priorité à l’environnement, à l’énergie, au domaine de la santé et des soins médicaux et aux défis sociaux.

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Autre pays asiatique émergent : l’Inde. Celle-ci a marqué l’actualité en achetant le 23 septembre 2016, 36 avions de chasse Rafale construits par Dassault Aviation. L’Inde est en effet le premier importateur d’armes au monde, depuis une rupture du gouvernement de Vajpayee en 1998. Sa logique était exposée dans une lettre adressée à Bill Clinton le 13 mai 1998 : « We have an overt nuclear weapon state on our borders, a state which committed armed aggression against India in 1962. Although our relations with that country have improved in the last decade or so, an atmosphere of distrust persists mainly due to the unresolved border problem. To add to the distrust that country has materially helped another neighbour of ours to become a covert nuclear weapons state. At the hands of this bitter neighbor we have suffered three aggressions in the last 50 years. And for the last ten years we have been the victim of unremitting terrorism and militancy sponsored by it in several parts of our country »  (« Nous avons un État nucléaire déclaré à nos frontières, et un État qui a commis une agression armée contre l’Inde en 1962. Bien que nos relations avec ce pays se soient améliorées au cours de la dernière décennie, une atmosphère de méfiance persiste principalement en raison du problème frontalier non résolu. Pour ajouter de la méfiance, ce pays a entre autres matériellement aidé un autre voisin à devenir un Etat nucléaire assumé. Aux mains de ce voisin amer, nous avons subi trois agressions au cours des 50 dernières années. Et depuis dix ans, nous sommes victime d’un terrorisme et d’un militantisme récurrents »). Ces Etats, ce sont la Chine et le Pakistan. Nous vous proposions ainsi une analyse des rivalités entre le Pakistan et l’Inde à travers le cas de la région du Cachemire. La question migratoire est également une source de tensions pour l’Inde et un autre de ses voisins : le Bangladesh.

Enfin, l’Inde qui est aussi connue pour sa corruption, a pris des mesures drastiques le 9 novembre 2016 concernant la lutte contre la corruption. Le premier ministre indien Narendra Modi avait annoncé la démonétisation de 24 milliards de billets soit l’ensemble des billets de 500 et 1000 roupies. Ces billets qui représentent 86% des coupures en circulation en Inde sont désormais obsolètes, nous vous en faisions un récapitulatif.

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Htin Kyaw et  Aung San Suu Ky. Source : independent.co.uk

La Birmanie fut également mise à l’honneur cette année. Le 15 mars 2016, Htin Kyaw, fut l’artisan du succès électoral de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) en devenant le premier président élu démocratiquement en Birmanie. Cette victoire fut perçue comme celle Aung San Suu Kyi, qui fut nommée ministre des Affaires Étrangères, conseillère spéciale de l’État et porte-parole de la Présidence. Cette ancienne lauréate du prix Nobel de la paix en 1991 essuie néanmoins des critiques face à la situation du peuple des Rohingyas. Ce peuple fut déclaré le plus persécuté au monde par l’ONU, et a fait face à un « nettoyage ethnique » le 25 novembre 2016. Cela faisait suite à une offensive de l’armée birmane, pour officiellement combattre des extrémistes musulmans. Afin de mieux cerner les tensions confessionnelles qui ravagent la Birmanie, nous revenions sur l’émergence des mouvements extrémistes bouddhistes qui oppressent la minorité musulmane. Ce peuple n’est néanmoins pas le seul à subir une répression. La Birmanie, composée d’une majorité birmane et d’une mosaïque d’ethnies, est en effet secouée par différents conflits identitaires comme celui se déroulant dans l’État karenni.


MONDE

Nous vous proposions également des réflexions sur le système-monde.

Nous nous interrogions sur les impacts du pétrole à bas prix. Le 30 novembre 2016, l’OPEP a signé d’un nouvel accord sur une réduction de la production de pétrole. Elle la baissera de 1,2 millions de barils par jour à partir du 1er janvier 2017. Deux pays, la Libye et le Nigéria ont été exemptés de cet effort. Ce dernier est en proie à des difficultés économiques, et espère tirer profit de cet accord pour se ressaisir. La baisse de la production des autres pays, permettrait au Nigéria de bénéficier d’une augmentation automatique des prix des cours du baril. Nous revenions sur les caractéristiques économiques et les enjeux de cette ressource pour le Nigeria. Dans la même veine, nous analysions la géopolitique des matières premières, véritable enjeu car réparties inégalement dans le monde. En outre, de nombreux acteurs s’intéressent à ces matières premières, car les marchés mondiaux pour ces ressources sont relativement peu régulés, mais grandement interconnectés et mondialisés.

De plus, nous revenions sur la sécurité alimentaire, 795 millions de personnes étant en situation de sous alimentation en 2015.

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Enfin, 2016 fut marquée par nombre de décès : David Bowie, Mohamed Ali, Leonard Cohen, Prince, George Michael ou encore récemment Carrie Fisher.

Outre ces personnalités, le 28 septembre 2016, nous quitta également Shimon Peres, trois fois premier ministre d’Israël, chef d’Etat de 2007 à 2014, et prix Nobel de la paix en 1994 avec Ytzhak Rabin et Yasser Arafat.

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Fidel Castro s’ajouta à la liste le 25 novembre 2016. Nous vous proposions alors d’en apprendre plus sur le système politique cubain, ses réussites et ses échecs. L’occasion de mettre en perspective de nombreuses idées reçues sur l’histoire et l’actualité de Cuba.

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Crédits : Paul Blind

Le 28 décembre 2016, Jean-Christophe Victor, créateur et animateur du Dessous des cartes sur Arte, s’éteignit également. Classe Internationale souhaiterait lui rendre un dernier hommage. En plus d’être un brillant expert en géopolitique -et d’avoir su la rendre accessible-, il fut également enseignant au sein du Magistère de Relations Internationales et Action à l’Étranger, dont fait partie l’équipe de Classe Internationale.


Pour conclure cette année 2016, décriée par certains comme « la pire année de tous les temps », nous ne citerons que Jia Tolentino dans le New Yorker et reprise par Courrier International : « 2016 est l’année où j’ai commencé à me dire qu’Internet ne ferait qu’alimenter le sentiment d’impuissance qui émerge quand on a l’impression de ne plus pouvoir influer sur le cours des événements, mais que les événements, eux, ont une influence sur nous ». 

Maëlle Marquant

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